Pourquoi produire des fleurs ?

 

Une véritable révolution prend forme. De plus en plus de personnes s’interrogent sur l’empreinte environnementale des fleurs achetées chez le fleuriste ou à la jardinerie.

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Depuis la nuit des temps, les fleurs communiquent des messages positifs. Chez nos ancêtres chasseurs cueilleurs, la réapparition des fleurs au printemps constituait un puissant signal de récompense : après le long hiver de disette, elles annonçaient le retour de l’abondance. Aujourd’hui, nous avons de quoi manger toute l’année si bien que notre cerveau n’associe plus consciemment les fleurs et la nourriture. Il n’en reste pas moins que l'épanouissement d'une fleur éveille le sentiment, encore, que quelque chose de spécial peut survenir. Cette association inconsciente fait relâcher dans le cerveau plusieurs substances chimiques telles que la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans la sensation de plaisir.

L’humain est d’une nature mortelle et les fleurs rappellent l’impermanence de la vie. Elles véhiculent une forme de respect pour la fragilité, malgré le rythme effréné de nos vies. Les fleurs communiquent l'intention d'investir des efforts dans une relation. De plusieurs manières, elles stimulent la confiance sociale.

Que je me les offre, que je les achète ou que je les admire simplement, même de loin les fleurs déclenchent un sentiment de fierté et de bien-être que notre cerveau recherche continuellement. Mais connaissons-nous la provenance des fleurs, celles que nous achetons pour offrir ou pour s’offrir? Savons-nous que la majorité des fleurs coupées importées en Amérique du Nord proviennent à plus de 70% des pays d’Amérique du Sud ? 

Ces magnifiques gerbes de lys ou de gerberas, bien droites et rigides, ont parcouru des centaines et des milliers de kilomètres pour parvenir à nos fleuristes et, plus récemment, chez nos pharmaciens et épiciers. Dans les faits, la majeure partie de la vie de ces belles dames s’écoule non pas dans les champs mais dans les avions et les camions, qui les transportent d’un continent à l’autre. Pour qu’elles survivent au voyage, on leur fait assimiler des quantités astronomiques de fongicides, éliminant ainsi le risque de pourriture des tiges… et d’énormes pertes financières.

Soumises aux souffles constants des systèmes de réfrigération, les fleurs conventionnelles absorbent également des tonnes de sucres et d’agents désinfectants pour qu’elles puissent préserver leurs atours jusqu’à nos maisons. Georgie Newbery est propriétaire d’une authentique ferme florale anglaise, dans le Bristol. Son ouvrage pratique, The Flower Farmer’s year, est une référence pour la productrice que je suis. Les mots de Georgie Newbery pour décrire l’industrie mondiale des fleurs coupées rejoignent bien ma pensée. 

L’industrie internationale des fleurs coupées est un monstre, un mastodonte, une vaste machine à produire des spécimens en floraison. Une machine qui maltraite les plantes, l’eau et les individus, qui se soumettent à des conditions de travail déplorables pour répondre à la volonté du public avide de fleurs de tous les points du globe. À longueur d’année, des centaines de millions de fleurs sont produites et des milliers d’hommes et de femmes travaillent d'arrache-pied pour assouvir notre désir de créer de grands bouquets durables à offrir à nos mères, nos amants, nos amis et nos voisins.

Or une véritable révolution prend forme un peu partout sur la planète. De plus en plus de personnes posent des questions et s’interrogent sur l’empreinte environnementale des fleurs choisies par les fleuristes et les jardineries. Ce sont souvent ces même personnes qui se questionnent sur ce qu’ils mangent, sur la façon dont leurs aliments ont été élevés, nourris, soignés. 

Ce sont ces mêmes personnes qui décident d’acheter uniquement des fruits et légumes de saison et qui, un jour, recherchent des solutions écologiques pour offrir ou s’offrir des fleurs. Elles veulent des fleurs cultivées dans des lieux qui protègent la vie des insectes pollinisateurs ainsi que l’eau, le sol et l’air. De plus en plus, ces solutions existent et prennent vie au sein d’entreprises locales. Des fermes à échelle humaine qui pratiquent une agriculture respectueuse des êtres vivants. De petites fermes horticoles comme la nôtre et dont le nombre grandit lentement mais sûrement au Québe

 
Sophie Payeur